Industry News
Les femmes sont-elles vraiment en retard sur l’IA ?
Selon une étude relayée par Les Glorieuses, 2026, 86 % des emplois les plus exposés aux disruptions liées à l'IA aux États-Unis sont occupés par des femmes.
Face à ce constat, la question semble évidente : comment accélérer l'adoption de l'IA chez les femmes ?
Pour plusieurs ambassadrices Women & Diversity in Tech, la véritable question est peut-être ailleurs.
Le problème est-il vraiment l'adoption ?
Pour Ana Catarina de Alencar, spécialiste des questions d'éthique et de gouvernance de l'IA, réduire le débat à une question d'adoption revient à passer à côté d'enjeux plus profonds.
Elle souligne un paradoxe : les femmes utiliseraient parfois moins l'IA dans certains contextes professionnels tout en étant potentiellement plus exposées aux conséquences de l'automatisation.
Selon elle, cette situation soulève une interrogation plus fondamentale :
« Est-ce vraiment une question d’adoption, ou plutôt une question de positionnement social face à une technologie qui transforme déjà fortement des métiers historiquement féminisés ? »
Elle rappelle que nombre des activités aujourd'hui les plus exposées à l'automatisation reposent sur des compétences souvent invisibilisées : coordination humaine, communication, médiation, organisation ou encore gestion relationnelle.
Des compétences qui, paradoxalement, deviennent aujourd'hui des qualités que l'industrie technologique cherche à reproduire dans les systèmes d'intelligence artificielle.
Ana Catarina de Alencar évoque notamment les récents propos de Geoffrey Hinton imaginant une IA capable de protéger et de prendre soin des humains.
« Cela donne parfois l’impression que nous assistons simultanément à la réduction du travail relationnel humain et à la transformation du care en produit technologique scalable. »
Pour elle, cette tension mérite d'être interrogée. Alors que certaines professions historiquement féminisées deviennent plus vulnérables sous l'effet de l'automatisation, les qualités qui leur sont souvent associées, empathie, écoute, régulation émotionnelle, deviennent soudainement des objectifs technologiques.
De l'inclusion au rééquilibrage
Cette réflexion trouve un écho particulier dans le témoignage de Fatiha Zeghoudi, experte cybersécurité et membre active de l'écosystème Women & Diversity in Tech.
Pour elle, l'essor de l'IA rappelle certains déséquilibres déjà observés dans d'autres domaines technologiques.
« En cybersécurité, nous faisons encore face à un retard conséquent ; nous ne pouvons pas nous permettre de subir le même décrochage sur un sujet aussi structurant que l’intelligence artificielle. »
Elle estime que le risque ne réside pas uniquement dans l'utilisation de la technologie, mais aussi dans la capacité à participer à sa conception, à son déploiement et aux décisions qui l'accompagnent.
Cette question se heurte cependant à des réalités bien connues.
« Trop souvent encore, les contraintes personnelles, la charge mentale ou les responsabilités familiales viennent freiner, voire orienter par défaut, les trajectoires des femmes dans la tech. »
Pour autant, elle refuse toute vision fataliste.
Selon elle, la diversité des parcours et des expériences constitue précisément la richesse dont l'intelligence artificielle a besoin pour se construire de manière plus juste et plus pertinente.
Sa conclusion résume à elle seule l'enjeu :
« Il ne s’agit plus seulement d’inclusion, mais de rééquilibrage. »
Une question de place dans les décisions
Au fil de ces échanges, un constat s'impose.
Le débat ne porte pas uniquement sur l'utilisation de l'IA. Il porte aussi sur la capacité à influencer les choix qui encadreront son développement.
Comme le souligne l'article partagé aux ambassadrices, le véritable risque n'est peut-être pas le scepticisme lui-même, mais l'absence des femmes dans les espaces où les décisions sont prises.
Derrière les discussions sur l'adoption, la productivité ou les gains d'efficacité, une question demeure : qui participe aujourd'hui à la construction des systèmes qui transformeront demain nos organisations, nos métiers et nos sociétés ?
C'est peut-être là que se situe le véritable enjeu. Pas seulement apprendre à utiliser l'IA. Mais contribuer à définir ce qu'elle deviendra.
Cloud & AI Infrastructure
Cloud & Cyber Security
Data & AI Leaders Summit
Data Centre World