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04 nov. 2026

Cloud, IA : l’Europe peut-elle encore garder la main ?

Eric Le Ven
Cloud, IA : l’Europe peut-elle encore garder la main ?
Innover vite, maîtriser leurs dépenses et rester libre de leurs choix. Les entreprises européennes doivent tenir ces trois objectifs à la fois. À l’approche de Tech Show Paris, les 18 et 19 novembre 2026 à Paris Expo Porte de Versailles, les débats du Mainstage posent une question centrale : l’IA va-t-elle renforcer les dépendances déjà créées par le cloud ?

« L’Europe technologique peut-elle encore gagner ? ». La question figure au programme du salon. Dans les entreprises, elle prend une forme plus concrète : quel outil choisir pour travailler mieux, à quel prix et avec quelles garanties ?

Sur le cloud, le déséquilibre est installé. Selon Synergy Research Group, Amazon, Microsoft et Google représentaient 70 % du marché européen des services d’infrastructure cloud. Les fournisseurs européens en détenaient environ 15 %, contre 29 % en 2017.

Les groupes américains ont, en effet, des arguments solides : une large gamme de services, des capacités importantes et une présence internationale. Pour une entreprise pressée de lancer un produit, ces avantages pèsent lourd. Choisir une offre européenne ne peut donc pas reposer uniquement sur son origine. Elle doit aussi répondre aux besoins, tenir les délais et rester abordable.

Une entreprise peut vouloir réduire sa dépendance sans pouvoir financer le remplacement de ses outils et la formation de ses équipes.

L’IA pourrait nous enfermer davantage

Avec l’IA, le même mécanisme risque de se reproduire. Au départ, une équipe teste un assistant pour rédiger des textes ou résumer des documents. Puis elle le relie à ses fichiers, à son logiciel de relation client et à ses procédures internes. Peu à peu, l’outil devient une pièce centrale du travail quotidien.

Le quitter ne consiste plus à résilier un abonnement. Il faut adapter les logiciels, vérifier que le nouvel outil donne des résultats satisfaisants et changer les habitudes des salariés. Plus l’IA s’intègre dans l’entreprise, plus le changement peut devenir coûteux.

Le risque dépasse donc la question du stockage des données. Il concerne aussi la façon de travailler et la capacité à continuer son activité si un fournisseur augmente ses prix, modifie son service ou devient indisponible.

Ce scénario n’est toutefois pas inévitable. Comparer plusieurs modèles et éviter de bâtir tous ses processus autour d’un seul outil permet de conserver des options. Cette précaution doit être prise avant que les usages ne s’installent.

Une IA utile doit aussi faire ses preuves dans les comptes

Cette dépendance possible oblige à regarder au-delà du prix affiché. L’abonnement n’est, en effet, qu’une partie de la facture. Il faut aussi préparer les données, connecter les outils,

sécuriser les accès, accompagner les équipes et vérifier les réponses. Faire fonctionner l’IA sur ses propres serveurs ajoute des dépenses de matériel, d’énergie et de maintenance.

Dans l’enquête State of FinOps 2026, 98 % des répondants déclarent gérer des dépenses d’IA, contre 31 % deux ans auparavant. Ce chiffre concerne les spécialistes des dépenses technologiques interrogés, pas toutes les entreprises européennes.

La question est alors de savoir ce que gagne réellement l’entreprise… Car un assistant qui produit une réponse en quelques secondes n’est pas forcément rentable si un salarié doit ensuite passer vingt minutes à la corriger.

Il faut donc mesurer des résultats concrets : le coût d’un dossier correctement traité, le nombre de demandes clients résolues ou la baisse des erreurs.

La décision ne peut plus rester à la direction informatique

Ces choix engagent toute l’entreprise. Les équipes métiers doivent dire ce qu’elles attendent de l’outil. La direction financière doit calculer son coût complet. Les responsables de la sécurité et du juridique doivent vérifier les risques et les obligations à respecter. La direction générale doit décider quelles dépendances elle accepte.

La réglementation européenne renforce cette exigence. Pour les organisations concernées, la directive NIS2 impose notamment de prendre en compte les risques de cybersécurité liés aux fournisseurs. Acheter un service ne dispense donc pas d’examiner ce qui se passerait en cas d’incident chez son prestataire.

Faut-il aller moins vite pour mieux protéger des données sensibles ? Payer une solution de secours ? Renoncer à un usage dont les bénéfices restent incertains ?

Multiplier les fournisseurs n’est pas non plus une réponse automatique. Cela peut compliquer le travail des équipes et augmenter les coûts. L’objectif étant de réduire les dépendances les plus dangereuses, pas de disperser les achats.

Garder le choix, c’est préparer la sortie

Toutes les activités ne réclament pas les mêmes garanties. Rédiger des textes publics et exploiter des dossiers clients confidentiels ne présentent pas les mêmes risques. L’effort doit donc d’abord porter sur les données sensibles et les services dont l’arrêt bloquerait l’entreprise.

Avant de signer un contrat ou de souscrire un service, quelques questions permettent de rendre la souveraineté concrète. Peut-on récupérer ses données dans un format réutilisable ? Combien de temps faudrait-il pour changer de solution ? Les équipes sauraient-elles le faire ? Une alternative a-t-elle été testée ?

Le Data Act doit d’ailleurs faciliter ces changements. Il prévoit la suppression des frais de changement de fournisseur de services de traitement de données à partir du 12 janvier 2027. Mais les adaptations techniques et la formation des salariés continueront de coûter du temps et de l’argent.

Les entreprises européennes ont donc encore le choix. Elles peuvent toutefois le perdre, outil après outil, si elles ne regardent que le gain immédiat. La souveraineté se mesure aussi à cette capacité, celle de choisir une technologie parce qu’elle est utile, puis pouvoir la remplacer lorsqu’elle ne l’est plus.

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